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Et si on foutait la paix aux chômeurs ?

9 janvier 2018
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Depuis Septembre, pour ceux qui ne le savent pas, je recherche un travail. Tout le monde pense que c’est la belle vie le chômage ; tu es en vacances, tu as des tarifs réduits, tu peux faire des grass’mat…Bon sincèrement, en ce qui me concerne, c’est pas vraiment ça et je pense que je ne suis pas la seule comme ça. Et il alors temps que je m’exprime sur ce sujet.

Aujourd’hui, je voudrais que tous ceux qui ont des chômeurs dans leur entourage prennent conscience du fait qu’une petite phrase banale, qui part souvent d’une bonne intention et qui a pour but « d’aider » peut être blessante, moralisatrice, déprimante, voire destructrice.

Alors voici une liste de ce que j’entends le plus souvent :

  1. Ca se passe bien tes recherches d’emploi ? C’est la phrase n°1 que j’entends le plus souvent, en faite elle vient de tous mes proches. Ca part vraiment d’un bon sentiment, car ça veut dire que la personne se soucie de nous et ça j’apprécie énormément. La personne veut prendre de tes nouvelles sauf que des fois, tu as juste envie de faire un break et de ne pas parler de ta recherche d’emploi qui te plombe déjà ta journée. Et tu as plein d’autres choses à raconter !
  2. Tu as de la chance, c’est un peu les vacances pour toi : oui c’est bien connu, quand on est chômeur on se lève à 12h, on passe son temps à « glander », on part en weekend prolongé…Non et non ! Quand on est chômeur, on se lève tôt pour garder le rythme, pour répondre à des offres d’emploi, on va à des rendez-vous, on passe des entretiens…Oui on a du temps libre mais finalement est-ce qu’on sait vraiment l’utiliser à bonne aisance ? Et on a besoin de vacances comme toute personne qui travaille. En ce qui me concerne, je me lève à 6h30. Je prends mon petit-déjeuner, je fais mes petits rituels du matin puis je pars rejoindre pendant 3h le groupe Cojob (on se rassemble entre chômeurs pour chercher du travail ensemble, dans un café). Le midi, il m’arrive de déjeuner avec des anciens collègues pour travailler mon réseau. L’après-midi, je me consacre à mon auto-formation à des logiciels et à des outils numériques. 18h-19h, j’ai enfin terminé ma journée.
  3. Mais pourquoi tu perds ton temps à faire des extras alors que tu touches les allocations chômage ? Parce que j’ai besoin de lien social et d’être utile et que la personne en face ne peut pas comprendre, car elle travaille… Aujourd’hui, j’ai préféré ne même plus dire à mes proches quand je fais des extras en tant qu’hôtesse, car sinon leur réflexion est franchement décourageante.
  4. « Tu devrais faire une formation » : mais bien sûr, c’est tellement simple, pourquoi je n’y ai pas pensé avant ? Comme tout chômeur, on peut prendre le temps de se former à des compétences manquantes. Sauf qu’il faut déjà trouver la bonne formation (celle qui nous plaît, celle qui a des débouchés, celle qui existe pas trop loin de chez nous si possible…). Et ensuite il faut remplir un dossier et des dizaines de formulaires, discuter/ argumenter/ négocier pendant des heures avec Pôle emploi pour obtenir les aides financières (oui parce qu’une formation, ce n’est pas gratuit). Par exemple, j’ai vu une formation me passer sous le nez il y a quelques semaines, parce que Pôle Emploi n’avait toujours pas traité mon dossier….
  5. « Et toi tu fais quoi dans la vie ? » Difficile de répondre à cette question quand on assume pas sa position de chômeur ! Alors on essaye de trouver des alternatives pour ne pas mettre le terme « chômeur » dans sa phrase !
  6. « Moi les gens que je connais ont trouvé un poste en même pas un mois » : et bien très bien ! Et est-ce que ça va m’aider à trouver également ? Est-ce qu’on essaye de remettre en question mes recherches ?
  7. « Vous n’êtes pas assez expérimenté » : la petite phrase que vous recevez en retour d’une réponse à une offre d’emploi et que tu n’en peux plus de recevoir.
  8. « On a préféré prendre quelqu’un qui allait être opérationnel tout de suite » : encore une autre phrase que je reçois assez souvent en retour d’un entretien.

Mais voilà ce que les chômeurs ont besoin d’entendre :

  1. « Je suis là pour toi » : pour parler, pour rire, pour pleurer, pour sortir, pour passer un bon moment, pour te faire changer les idées…
  2. Est-ce que je peux t’aider?: c’est une question que peu de gens posent aux chômeurs et pourtant. Nous pouvons tous faire quelque chose : aider à répéter un entretien, relire un CV ou une lettre de motivation, faire passer un CV à notre réseau, ou simplement parler.
  3. « J’ai vu cet atelier qui pourrait t’intéresser » : quand on au chômage, on s’éparpille et au bout d’un moment on ne sait plus où mettre la tête. Ce genre de proposition est précieuse, car elle nous fait gagner des minutes dans notre journée.

Toutes ces petites phrases ne cachent pas une volonté clairement affichée de faire du mal à ceux qui recherchent un emploi. C’est aussi la situation actuelle, le fait que le chômage fasse peur et menace beaucoup d’entre nous, qui nous fait parfois entendre ou interpréter certains mots. L’essentiel d’après moi est sans doute de se montrer empathique, de se soucier réellement de la personne concernée et de ne pas vouloir gérer son chômage à sa place.